Opinion

Ce 26 juillet est un triste jour pour le microcosme belge des start-up technologiques. L’une des plus en vue d’entre elles sur le marché belge vient de mettre un terme à ses activités. Take Eat Easy, spécialiste de la livraison de repas, se place en « redressement judiciaire »… moins de 12 mois après avoir levé pas moins de 16 millions d’euros auprès de Rocket Internet, DN Capital, Piton, etc. Du coup, c’est l’effroi dans la communauté #betech… même si, ne l’oublions pas, une telle procédure peut mener au redémarrage ou à la reprise de la société…

L’annonce de ce matin frappe les esprits notamment parce que les investisseurs n’ont visiblement plus désiré soutenir financièrement Take Eat Easy, après y avoir pourtant injecté plusieurs millions d’euros. La firme belge n’est plus parvenue à trouver des investisseurs… Ni ceux déjà présents dans le capital… ni de nouveaux. Pourquoi ? Plus que probablement parce que la concurrence, comme Deliveroo financé à hauteur de 170 millions l’année passée, a pris énormément d’ampleur. Et que d’autres débarquent comme UberEats. Et non pas forcément parce que les 4 fondateurs n’auraient pas correctement déployé l’entreprise. Les fondateurs de la start-up ont d’ailleurs dévoilé certains chiffres pour la première fois. Ils sont étourdissants. Selon Chloé Roose (co-fondatrice) en 1 an, Take Eat Easy est passée de 10 à 160 personnes réparties non plus dans 2 villes mais… dans 20 villes. Et Take Eat Easy aurait multiplié par plus 10 le nombre de clients passant de 30.000 à 350.000… qui ont réalisé plus de 1 million de commandes. Une croissance phénoménale de l’ordre de 30% par mois. Rien que cela. Mais voilà, de manière toute simple, les revenus ne couvraient pas les dépenses. Et les investisseurs n’ont plus voulu prendre de risque…

Le redressement judiciaire de Take Eat Easy fait l’effet d’une bombe sur la planète techno belge. Certains murmurent « je m’en doutais », d’autres glissent « ce modèle n’aurait pas marché ». En dehors des réseaux sociaux, quelques-uns se plaisent à descendre ce qui, un temps, a été une fierté en Belgique. Bien sûr, tout n’était pas parfait dans le développement (un arrêt précipité en Allemagne par exemple) et le modèle posait (et pose encore) des questions sociales pour le statut précaire des coursiers. Et il faudra voir comment se déroule le redressement : les restaurateurs, les employés et les coursiers seront-ils payés pour leurs prestations ?

Mais quoi qu’il puisse se passer pendant la réorganisation judiciaire, l’aventure Take Eat Easy doit rester une fierté entrepreneuriale belge. Un parcours inspirant. Au même titre que des start-up comme le réseau social Netlog qui a cartonné en Europe avant de se faire dépasser par le succès planétaire de Facebook. Car finalement Take Eat Easy est une start-up belge sur un modèle à l’américaine. Et aux Etats-Unis, on ne parle pas d’échec mais d’expérience. Et qu’une start-up doive tirer la prise n’est pas un échec… c’est un apprentissage.

A l’heure où l’on pousse à plus d’entrepreneuriat en Belgique, il convient donc de saluer le parcours de Take Eat Easy qui a mené, hors de nos frontières, une activité novatrice… La start-up aura été l’occasion d’une nouvelle expérience -d’une première expérience- pour pas mal de jeunes. Une formation pratique « express » d’une année qui vaut plus que pas mal de formations théoriques. Et ces jeunes pourraient se servir de cette expérience pour déployer de nouvelles idées. Qui sait, à l’instar d’un Netlog d’où sont nées pas mal de start-up prometteuses, Take Eat Easy initiera peut-être un nouvel écosystème de start-up. Et des employés de la start-up lanceront probablement leur projet. Ceux-là, tout comme les 4 fondateurs, il faut espérer que les investisseurs les soutiennent et ne soient pas refroidis par le risque d’investir dans une start-up. Car de toute évidence, il y a du talent en Belgique et de belles possibilités pour nos entrepreneurs. Take Eat Easy l’a prouvé.

Chris Charlot nom

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Posted by Chris

2 Comments

  1. Olivier De Doncker 28 juillet 2016 at 10 h 28 min

    « Activité novatrice » : c’était justement un problème de ce projet. TEE n’était pas innovant, c’était un copycat d’autres plates-formes du même type à l’étranger. Et, visiblement, ils n’avaient aucune autre innovation technologique au niveau opérationnel qui leur aurait permis de se démarquer de la concurrence.

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  2. Désolé, mais faut arrêter d’encenser cette entreprise qui capitalise sur la précarité et le désespoir financier des gens.
    En plus de coûter aux restaurants, les livreurs sont dans une précarité absolue et dans un système qui les affaiblit au niveau du droit du travail.
    Ils avaient plein de cash, et leur incompétence laisse maintenant des restaurants et des livreurs impayés. Super la technologie et l’innovation à la Uber : précarité, affaiblissement des droits, vision unilatérale des contrats, non reconnaissance des liens de subordinatio.. autant dire bienvenue dans l’époque des patrons du 19eme siècle. L’économie collaborative, la plus grosse arnaque que nous a sorti le monde capitaliste et néolibéral.

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